Joan Baez à l’Olympia – L’automne à Paris

Chroniques, Concerts

Cette année encore, Joan Baez passait (une partie de) l’automne à Paris. Cette année encore – pour la quatrième fois en huit ans – je suis allée l’applaudir. Cette fois-ci, invitée par la radio Nostalgie, au hasard d’un concours gagné sur leur site Internet (oui, la vie est injuste). Autant dire que je n’ai jamais été aussi bien placée ! En plus, à l’Olympia, salle ô combien mythique ! Alors, cela valait-il le coup d’avoir eu tant de chance ?

Joan Baez à l'Olympia, le 1er octobre 2014 - avec l'aimable autorisation de Patrice Guino
Joan Baez à l’Olympia, le 1er octobre 2014 – avec l’aimable autorisation de Patrice Guino

Joan Baez m’accompagne depuis maintenant une grosse quinzaine d’années. Découverte par hasard, au gré d’une rencontre inopinée au rayon musique de la bibliothèque de Lyon. Je cherchais des partitions d’Elton John et une camarade de promo feuilletait justement là un recueil de tablatures de Joan Baez. La photo de couverture m’avait accrochée : un profil à la fois délicat et racé, une lumière douce, un petit côté « 60’s champêtres »… J’avoue à ma grande honte que je connaissais à peine le nom de Joan Baez, peut-être même pas du tout, mais cette camarade m’en parla si bien qu’elle me donna immédiatement envie d’en savoir plus. Je découvris donc un peu dans le désordre son répertoire, ses différentes périodes : la musique folk traditionnelle, diluée plus tard dans une pop plus commerciale mais non moins charmante (« Diamonds and Rust » reste à ce jour l’une de mes chansons préférées, tous artistes confondus)… ; ses engagements – contre la guerre du Vietnam, pour les droits de l’homme, et tant d’autres – ; son pacifisme… Tout en elle me plut et me plaît encore.

La voir en concert est toujours une grande joie – même si j’aime bien jouer la fan exigeante et blasée. Une chose est sûre et évidente : il ne faut surtout pas espérer entendre la Joan Baez d’avant. Les aigus qui faisaient sa marque de fabrique ont disparu, suite à des problèmes de voix. Et si elle chante encore, c’est au prix d’une immense rigueur. Aujourd’hui, et d’année en année, la voix se fait donc plus grave, gagnant en chaleur ce qu’elle perd en pureté. On peut parfois le regretter, notamment lorsqu’elle tente (rarement, consciente de ses limites) de monter un peu haut. Sur « The lily of the West », une chanson que j’adore, j’avais des frissons d’angoisse à l’idée qu’elle trébuche sur les plus beaux passages.

Mais Joan est une pro. Qui passe une bonne partie de sa vie sur scène. Elle maîtrise donc l’exercice et mêle avec intelligence classiques accessibles à sa tessiture, morceaux plus récents, en adéquation avec sa voix d’aujourd’hui, et… chansons en français, pour combler son public local, de toute façon sous le charme dès les premières secondes.

Lorsque Joan Baez entre en scène, seule, sous les applaudissements enthousiastes du public, tellement heureux d’être là, elle a quelque chose de follement émouvant. Mine de rien, c’est un symbole ! Petite silhouette frêle vêtue d’un jean, d’un chandail et d’un châle rouge (ah, le châle baezien !), accompagnée de sa guitare, elle ouvre les festivités par « God is God », une ballade qui introduisait déjà le concert de 2011, bien plus jolie en version acoustique solo que l’originale de l’album. Instant de grâce.

Durant près d’1h30, Joan, seule ou accompagnée de deux musiciens excellents (dont son fils, Gabriel « Gabe » Harris, aux percussions), enchante l’Olympia. Bien sûr, l’ombre de Bob Dylan plane toujours à travers « Farewell Angelina », « It’s all over now baby blue », « Seven curses » et « Forever young », interprétés avec sensibilité, surtout pour ce dernier et, en point d’orgue, un très beau « Diamonds and Rust », en harmonie avec son assistante, Grace Stumberg, invitée sur scène deux ou trois frois. Cette dernière tient d’ailleurs une sorte de petit carnet de route des tournées de Joan sur son site officiel, la petite chanceuse !

Parmi les autres classiques dont nous a gratifiés Joan : un très chouette « Gracias a la vida », toujours efficace avec ses « la la la la la la la » repris en chœur, un vibrant negro spiritual : « Swing Low, Sweet Charriot », le mythique « Joe Hill » from Woodstock relevé d’une pointe d’accordéon, le poignant « Suzanne », magnifique cover de Leonard Cohen et « The House of the Rising Sun » ma foi encore plutôt pas mal.

D’autres morceaux moins connus nous ont transportés jusqu’en Louisiane, aux frontières de la country, au son d’un banjo guilleret (« Cornbread »), et ont réveillé l’ambiance globalement très douce et intimiste. Rien à dire sur « Jerusalem », « Just the way you are » ou « Long black veil », agréables, mais manquant un peu de relief à mon goût.

Au final, mon plus gros regret, ma majeure frustration sera l’absence de certains titres selon moi incontournables tels « Sweet Sir Galahad », « Don’t think twice it’s all right », « The night they drove old Dixie down », « Love is just a four-letter word » ou encore « Blowin’ in the wind », remplacés par des chansons en français assez approximativement mémorisées. Comme m’a dit mon amie accompagnatrice, néanmoins heureuse d’être la bénéficiaire de ma deuxième invitation : « Il faut que quelqu’un lui dise, à Joan, que plus personne en France ne chante « le Temps des cerises » ! »

Oui, elle y tient, Joan, à ses chansons anarchistes ou antimilitaristes « dans la langue » ! Entre une « Chanson pour l’Auvergnat » hésitante, un « Pauvre Ruteboeuf » qui m’ennuie et « Le Déserteur », qu’elle fait à chaque fois et dont elle oublie chaque fois une partie des paroles (entonnées pourtant par un public ravi), j’ai donc eu l’occasion de faire ma fan blasée.

Cela dit, je critique, mais avec « amour » : ce qu’il y a de sympathique, avec Joan, c’est qu’elle est chaleureuse et généreuse. Dans un français très correct, elle n’hésite jamais à résumer les histoires de ses chansons (à force, je finis par les connaître) ou faire des blagues… ou s’écrier « merde ! » Car elle n’est pas sentencieuse, mais drôle ! Elle a plié toute la salle en racontant que, personne, durant vingt ans, n’avait osé lui dire ce que son nom, prononcé à la française, évoquait. Nous avons donc tous eu droit à un cours de prononciation hispanophone : on dit « Joan Baïèze » et non « Joan Baise » !!! So lovely.

Alors, Joan Baez, une grand-mère de la folk ? Ne nous y risquons pas !

« [My granddaughter] calls me abuela, first of all, which is grandmother in Spanish, because I wouldn’t allow her to call me Grandma. The image of me taking cookies out of an oven with this old gray bun in the back of my head, I thought it was revolting. She was trying. I said, ‘Listen, every time you call me Grandma, I’m going to call you George’. » – SFGate.com, 2011

Aucune nostalgie dans ses concerts, qui sont joyeux, qui assument le temps présent. Un monsieur d’un certain âge, près de nous, disait à sa femme : « C’est fou, elle n’a pas changé ». Toujours fraîche, toujours passionnée, toujours engagée, toujours libre. Fidèle à elle-même et à ses idéaux. Unique en son genre. Forever young.

Quelques morceaux de cette soirée :

Joan Baez Setlist L'Olympia Bruno Coquatrix, Paris, France 2014

Pour en savoir plus :

 

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