Elton John à Bercy, the bitch is back

Chroniques, Concerts

Il y a quelques jours, saisie d’une inspiration subite due au dernier concert de Joan Baez, j’ai décidé d’aller voir et écouter une autre de mes plus grandes idoles : j’ai nommé Sir Elton John ! Un coup de tête qui m’a totalement enchantée et fait replonger dans une eltonite aiguë. Comme d’habitude, Elton nous a servi sur un plateau plus de deux heures de show ultra pro, alternant tubes incontournables et morceaux un peu plus pointus, dans une ambiance – du moins dans notre coin – de folie. J’ai chanté, j’ai crié, j’ai dansé (ou quelque chose dans le genre), j’ai exulté. Forcément, je vous raconte.

Affiche

Elton, ceux qui me connaissent depuis longtemps le savent, je l’aime depuis 20 ans, c’est à dire plus de la moitié de ma vie. Je l’avais déjà vu trois fois en concert (1995, 1998 et 2008), ce qui est finalement assez peu et plutôt décevant pour quelqu’un qui se revendique fan. Le problème, c’est qu’au fil des années, les prix des billets sont devenus quasiment inabordables, en tout cas à Paris – et pour moi. Evidemment, il aurait été miraculeux que je gagne une seconde fois des places (bon, j’ai quand même essayé, hein) mais, forte d’une précédente expérience acquise avec mon cher frère lors d’un concert de Mylène Farmer, je me suis dit que je pouvais toujours aller traîner devant Bercy le soir S, d’un air nonchalant et détaché, pour essayer d’acheter au dernier moment à un prix vilement bas la place d’un pauvre hère ne pouvant/souhaitant plus assister au concert…

Nous voici donc hier soir, devant Bercy, avec une amie, toujours complice de mes bons plans (mon accompagnatrice de Joan Baez, c’était elle aussi !), arpentant d’un air semi-assuré les trottoirs de Bercy. Telles des proies faciles, nous avons été assaillies de toutes parts par des revendeurs « au noir » sortis de l’ombre, proposant des prix extraordinaires (80 € pour 2 places d’une valeur de 166 € chacune !) pour des bouts de papier qui ressemblaient autant à des billets authentiques que moi à Catherine Deneuve. Enfin, moi, j’ai pas tâté la marchandise, mais c’est Hermine qui m’a dit. Heureusement, dans ma grande préparation psychologique, j’avais décidé de suivre deux lignes de conduite : 40 € maximum, quelle que soit la catégorie proposée ; et achat à des personnes n’ayant pas l’air d’appartenir à une « mafia » quelconque. J’étais très détendue. Revoir Elton une nouvelle fois était une joie mais pas une obsession. Au final, un gentil couple nous a cédé sans rechigner ses deux places – malheureusement en dernière catégorie, mais bon, il était largement l’heure de rentrer et on n’allait plus trop chipoter – pour la moitié de leur valeur et avanti, c’est parti mon kiki, nous voici dans Bercy. J’suis sympa, je vous donne mon bon plan.

Youpie !
Youpie !

Une fois entrées dans l’enceinte de Bercy, nous nous sommes sagement installées au plus haut des gradins, très très loin d’Elton, mais avec vue surplombant la salle et donnant sur les deux grands écrans latéraux qui permettent de tout bien voir malgré tout. Autour de nous, tout avait l’air vieux et mou. Néanmoins, nous avons découvert plus tard que le trentenaire derrière nous connaissait toutes les chansons (je dis bien TOUTES) et que les deux retardataires, apparemment trentenaires aussi, arrivés une demi-heure après le début, étaient aussi des gros fans bien au fait des paroles – un peu comme moi d’ailleurs, qui me suis égosillée sur environ 85 % de la setlist.

Nous avons loupé les trois quarts de la première partie, qui ne m’a pas trop marquée. Et, après quelques minutes d’attente et de papotage, vers 20h45, les lumières se sont éteintes, les premières notes de « Funeral for a friend / Love lies bleeding » ont retenti, créant une vibration collective au sein du public et Elton, paré de sa plus belle veste bleue scintillante et lunettes assorties, s’est assis au piano pour entamer un show comme toujours génial et généreux.

Elton a eu des problèmes de cordes vocales en 1986 (des polypes, pour être précise) et a, suite à une opération, perdu la voix de ses débuts, qui montait beaucoup plus haut. On entend très bien le basculement sur le Live in Australia datant de cette année-là, dans lequel, malgré la très belle orchestration, on a l’impression qu’il force et souffre. Depuis lors, les notes aiguës se font plus rares, voire inexistantes, ce qui cause inévitablement une légère déception sur des titres tels « Levon », « Goodbye yellow brick road », « Sorry seems to be the hardest word », bref, toutes ses chansons des années 70 sur lesquelles il exhibait fièrement son falsetto et qu’il ressort en live habilement remaniées. Ce changement de tessiture n’est pas pour me déplaire. J’avoue, j’adore le Elton des années 2000, au timbre profond, puissant, rugissant comme le Roi Lion, donnant une nouvelle impulsion à ses chansons parfois proprettes dans leur enregistrement original, accentuant l’inclination qu’il a pour les sons gospel/soul (le fabuleux « Burn down the mission » est bien plus beau aujourd’hui, à mon avis), donnant plus de coffre à ses morceaux rock ou rock ‘n roll. Un titre comme « Believe » n’aurait pas eu cette intensité dans les années 70.

Bref, Elton, atteint hier d’un mal de gorge, s’est excusé plusieurs fois au cours de la soirée. Personnellement, en dehors de 2-3 petits dérapages incontrôlés ultra brefs (« Levon »), rien ne m’a choquée ni déçue. Aucun concert d’Elton ne me déçoit. Parce qu’il procure de la joie. Il se donne à fond. Il n’est pas là, blasé, arrogant. Non, il nous remercie chaque fois de le suivre depuis quarante cinq ans. Il continue de proposer des variantes sur ses morceaux les plus connus, agrémentant d’improvisations virtuoses ses « Bennie and the Jets » ou « Rocket Man », pourtant de quasiment tous les concerts. Là, une caméra genre GoPro arrimée à son clavier nous faisait partager la danse de ses doigts, toujours agiles, à 67 ans.

Elton John, Paris Bercy, 2014 © Patrice Guino | rockerparis.blogspot.fr
Elton John, Paris Bercy, 2014 © Patrice Guino | rockerparis.blogspot.fr

Pour ma plus grande joie et émotion, Elton nous a gratifiés de nombreux morceaux sublimes, loin des ballades sirupeuses telles « Sacrifice » (eue en rappel, beurk) que le grand public ne connaît pas forcément et que je vous recommande caniculairement : « Funeral for a friend », « All the girls love Alice » (que j’ai capté en vidéo, ci-dessous), « Levon », « Tiny dancer » (coverisé par Tori Amos en mai dernier), « The greatest discovery »… Il y en aurait d’autres, qui n’ont pas été chantées ici, mais que je vous donne comme ça, pour le plaisir de la découverte : « Talking old soldiers », « Skyline pigeon » (version piano), « Madman across the water », « Where to now St. Peter », « Sixty years on », « Mona Lisas and Mad Hatters », « Border song », « The King must die », « I’ve seen that movie too », « Have mercy on the criminal », « I need you to turn to », « Empty garden », pourquoi pas « Tonight » aussi… (la liste est tellement longue !)

Je suis moins fan d’un « Candle in the wind » (qui fait toujours son effet), ou d’un « Philadelphia Freedom » (qui met bien l’ambiance). Trop entendus. Mais j’adore réentendre « Goodbye yellow brick road », « Don’t let the sun go down on me » ou « I’m still standing ». Quant à « The One », « Your Song » et « Believe », quel que soit l’arrangement, je fonds littéralement.

Elton a gardé une bonne partie de ses titres les plus rock n’ roll pour la fin de concert, déridant peu à peu un public un peu trop sage et morne. Heureusement que, derrière nous, les fans se déchaînaient et que j’ai pu chanter avec eux, sans que les rabat-joie ne me jettent un trop sale oeil. Après plus de deux heures de pure extase, Elton, qui a assuré de A à Z, sans jamais quitter la scène ni son piano, est parti sur un joyeux « Crocodile Rock », durant lequel la foule a entonné tous les « lalalalalalaaaa ».

Entouré de musiciens solides, dont deux vétérans fidèles, Davey Johnstone (guitariste arborant une magnifique guitare « Captain Fantastic ») et Nigel Olsson, batteur élégant, Elton nous a donc offert un concert une nouvelle fois jouissif. Je reprocherais un petit manque de folie sur la mise en scène, mais au final, Elton se suffit à lui-même. Les mots de Bernie (Taupin, son parolier depuis le début), les mélodies d’Elton, un piano… « How wonderful life is while [he’s] in the world ».

Quelques chansons (entières) du concert, filmées par les fans (dont moi) :

Elton John Setlist Palais Omnisports de Paris-Bercy, Paris, France 2014, Follow the Yellow Brick Road

Pour en savoir plus :

Photo et vidéo de « I’m still standing » de Patrice Guino avec son aimable autorisation – rockerparis.blogspot.fr/

 

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