Festival Off d’Avignon 2016 : « Le crime de l’orpheline »

Chroniques, Spectacles

Parmi mes coups de coeur avignonnais du Off 2016 figure un troisième spectacle musical : Le crime de l’orpheline. Une tragi-comédie « muette » chantée (si si) par des comédiens époustouflants. Hilarante, gore, excessive – « grand guignol » -, complètement déjantée. Un petit bijou fort original, qui ne ressemble à rien de connu, maîtrisé de bout en bout, qui ravira petits (pas trop quand même) et grands. Stupeur et démembrements garantis.

Le crime de l'orpheline

Le crime de l’orpheline ne faisait pas partie de ma présélection : c’est lors de nos déambulations dans les rues d’Avignon que j’ai immédiatement flashé sur l’affiche et le titre, dignes d’un « horror movie » de la Hammer. D’ailleurs, j’ai même cru au départ qu’il s’agissait d’une projection ciné avec musique en live. La référence aux films d’épouvante et fantastiques des années 50-60 m’a immédiatement plu ; moins à mon amie, qui imaginait un truc « cheap », « bas de gamme ». Elle n’était pas enthousiaste ; nous avons cherché un compromis. Par bonheur, la chance a fait que les trois pièces pour lesquelles j’étais prête à faire des concessions et renoncer à ce crime étaient complètes. Le hasard ou le destin avait donc tranché en ma faveur ! Je dois dire – et elle aussi – que ni l’une ni l’autre ne l’avons regretté.

Le crime de l’orpheline fourmille de tellement d’idées et trouvailles drolatiques qu’il est impossible d’en parler sans trop en dire. Tout commence comme un cliché de film du genre, on ne sait pas encore trop lequel, mélo ou noir : Joséphine, une jeune orpheline, aime secrètement le gentil Alfred, un « gars des rues », mais est promise, par sa mystérieuse tutrice, au riche et antipathique Rodolphe. Le ma-gni-fique décor expressionniste, digne du Cabinet du Docteur Caligari, instaure d’emblée une atmosphère sombre et inquiétante. Tout est en noir et blanc et muet, on se croirait dans un film, non pas des années 50, mais des années 20 ! Mais très vite, tout dérape et part dans un délire poussé à l’extrême, au son d’un piano virtuose (chapeau à Delphine Dussaux, qui remplaçait Philippe Brocard, co-créateur du spectacle). Les comédiens usent de tous leurs talents : chant (du music hall à l’opérette), danse, pantomime… Ils sont excellents, d’une précision impressionnante, particulièrement Flannan Obé, déchaîné – et très beau -, bien qu’il chante parfois plus fort que sa partenaire. Tout est réglé au millimètre près, les gags s’enchaînent sans répit, jusqu’à un entracte un peu surréaliste, qui nous ramène à l’ambiance cabaret, mais s’étire un peu en longueur. J’avoue que c’est la partie qui m’a le moins convaincue même si, cocassement, elle condensait un peu tout ce que j’avais vu et qui m’avait plu jusqu’à présent dans le Off : des costumes à la Frou-Frou les Bains, une femme à barbe rappelant le Maxi Monster Music Show, des maquillages blafards et une atmosphère « 50 nuances de gris » un peu comme dans La Pensée

Le crime de l'orpheline

Le dénouement de la pièce est inattendu, comme d’ailleurs à peu près l’ensemble des coups de théâtre qui le précèdent (même si parfois, déjà vus). On passe du noir et blanc au rouge sang (très belles lumières) mais cette surenchère grand-guignolesque, accentuée par le surjeu des comédiens (respect à Jeannette Salvador, qui donne tout) et la rupture continuelle du quatrième mur, fait plus rire qu’autre chose.

Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer les surprises réjouissantes que réserve ce spectacle impeccablement mis en scène par Philippe Lelièvre. Si vous aimez l’humour, la dérision, la parodie, l’absurde, le loufoque, l’outrance, la folie, et bien sûr, le sang, n’hésitez pas une seconde. Vous allez adorer, j’en mets ma main à couper !

Tous les jours à 16h20 au Théâtre La Luna jusqu’au 31 juillet 2016.

Pour en savoir plus :

 

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