“Near Death Experience” de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Chroniques, Films

Après Mammuth et Le Grand Soir, films originaux qui échappent aux conventions d’un cinéma français parfois un peu ronronnant, Delépine et Kervern réitèrent avec un film qui en déroutera certains, non tellement par son sujet, mais peut-être parce qu’il repose essentiellement sur un seul acteur qui n’en est pas un, puisqu’il s’agit de l’écrivain Houellebecq qui occupe l’écran quasiment en permanence, seul.

Near Death Experience - Kervern & Delépine
Avec Michel Houellebecq

On a déjà vu l’écrivain à la télévision, traîner sa silhouette déglinguée, en parka crado face à BHL, dandy à chemise blanche. L’histrion nous agaçait, mais l’acteur est époustouflant. Avec son visage ravagé, son torse maigre (il rappelle le Céline de la fin), avec sa moue sur une mâchoire qu’on devine sans dents, il incarne un Français moyen, gentil mari, gentil père de famille qui fume, avachi sur son canapé, en essorant les dernières gouttes d’un bib de vin, qui évite toute discussion, qui fuit tout conflit : quelques plans et le ton est donné, c’est l’univers de Kervern et Délépine, une sorte de réalisme déjanté… Jusqu’au jour où il s’en va pour de bon.

Il enfourche son vélo, vêtu d’une improbable tenue de cycliste. Il est un peu ridicule, il le sait, mais ses enfants lui ont offerte, alors il la met. Et le Mélancolique pédale, pédale, dans le soleil, tout en haut de la montagne, là où la mort ne peut être que belle. Mais veut-il vraiment en finir ? Il est fatigué de sa vie, mais difficile de prendre au sérieux ce désespéré, pas plus qu’on ne peut prendre au sérieux ce sportif, aux jambes en allumettes, essoufflé, qui fume en tenant sa cigarette entre le majeur et l’annulaire, tantôt de la main gauche, tantôt de la main droite, méthodiquement… Il lâche le vélo, se balade et jouit enfin de sa solitude, seul au milieu d’un paysage provençal, lumineux, superbement filmé. Mais ce solitaire n’est pas tout à fait un misanthrope, quand il rencontre un simplet de village, il accepte de faire avec lui une partie de petits cyclistes. Désopilant…

C’est un film sur la condition humaine… Grandeur et Misère de l’homme. Houellebecq, en petit Pascal, contemplant son gouffre du haut de la montagne, ou en boy scout minable, n’arrivant pas à allumer un feu…

La fin du film que nous ne dévoilerons pas, reste dans la même tonalité…

Drôle de film donc, avec un drôle de titre : pourquoi en anglais ?…

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