28 mai 2024

« Helsingør, château d’Hamlet » : épique et magique

Quelle aventure que ce Helsingør, château d’Hamlet, créé en 2018 et mené tambour battant par la Compagnie Emersiøn ! Dans une mise en scène « immersive » de Léonard Matton, qui exploite avec ingéniosité le cadre majestueux du Château de Vincennes, la tragédie de Shakespeare prend un nouveau souffle. Un vent de liberté euphorisant unit durant 1h30 comédiens et spectateurs, qui partagent les mêmes espaces sans quatrième mur. J’en suis ressortie enthousiaste (alors même que l’histoire n’est franchement pas folichonne), avec l’envie de revenir découvrir ce que j’ai raté. À voir au moins une fois dans sa vie, et les enfants et ados à partir de 10-11 ans – à condition de leur avoir raconté l’histoire – devraient adorer !

Moi qui rêvais de voir Le Fléau en août dernier alors que j’étais en vacances à des centaines de kilomètres de Paris, j’ai enfin eu la chance et le grand bonheur de découvrir le travail d’Emersiøn ce soir. Quelle joie, je n’ai pas d’autre mot, pour décrire ce que j’ai ressenti tout du long. L’expérience, assez unique en son genre, est stimulante comme jamais. Il y a bien sûr l’aspect théâtral « immersif » : cette proposition d’inclure les spectateurs dans les scènes, en les laissant se déplacer où ils veulent, et en les faisant parfois interagir avec les personnages de la pièce. Et puis il y a le cadre, exceptionnel : le fameux château – ici de Vincennes, mais qui fait très bien le château de Kronborg – dans lequel le public déambule, de la cour au donjon, en extérieur et en intérieur, de jour et de nuit.

Le dispositif, au départ, déroute un peu, quand bien même on est au courant. Les spectateurs sont divisés en groupes, qui devront suivre une sorte de guide qui les invitera à changer de lieu régulièrement. Certains amis ou couples peuvent même être séparés – mais [je spoile] tout le monde se retrouve heureusement aux moments-clés ! Pour ma part, je redoutais un côté factice, comme ces villages d’époque reconstitués avec des personnes costumées en paysans, forgerons, ou peut-être Le Puy du Fou. Mais non, il s’agit bien ici de théâtre, avec un grand texte classique drôlement bien interprété en plus, par des comédiens et comédiennes cinégéniques à souhait (ils ont de vraies « gueules » qui collent parfaitement aux personnages).

La mise en scène est réglée au cordeau afin de gérer intelligemment à la fois les flux de spectateurs et la bonne compréhension de l’intrigue générale. Mon fils de 11 ans et moi nous avons commencé la pièce auprès d’Ophélie. De fait, lorsque nous sommes sortis sur la passerelle, nous avons aperçu Hamlet de loin, et avons compris qu’il venait de voir le spectre (scène que d’autres personnes ont vue, donc). Plus tard, nous avons perdu notre groupe et avons raté la mort d’Ophélie (ce qui m’a valu quelques reproches), en revanche, nous avons pu observer la suite de la scène de la passerelle, en plongée totale, et c’était absolument magnifique – un tel point de vue est si rare !

La scénographie est puissante : les lumières (très belles), décors, musiques, tout est fait pour nous plonger dans l’ambiance. Un travail admirable quand on voit la superficie qu’il faut couvrir en led, avec des enceintes, etc. Les costumes sont également très réussis.

Loin d’être frustrante, cette vision fragmentée de l’œuvre, mais au plus proche des personnages, la rend plus excitante, plus désirable. Parfois, lors d’une scène, on entend ce qui se passe dans une autre salle ; d’autres fois, nous voyons arriver de loin ou se cacher un personnage. Notre curiosité et tous nos sens sont mis en éveil car il se passe partout quelque chose, à 360 degrés, et nous devons faire des choix. Qui regarder ? Qui suivre ? Ainsi, lors du duel entre Hamlet et Laërte, j’ai adoré jeter des coups d’œil aux mimiques subtiles de la reine, pile en face de moi dans l’autre partie du public. Plus drôle encore, les spectateurs sont invités à interagir avec les personnages. Mon fils s’est retrouvé à danser avec Ophélie perdant la raison – à son grand dam, mais il a joué le jeu. Une spectatrice a remis un pli à Ophélie. Etc.

Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Ce théâtre qui donne toute son importance au « vivant » de « spectacle vivant » nous offre une expérience insolite, à la fois ludique, intrigante et… sportive (on cavale un peu – mettez des baskets ! -, mais cela fait partie du plaisir de se perdre, de se demander « où ils sont tous » !) qui pourrait assurément donner le goût du théâtre aux plus jeunes. En tout cas, en ce qui me concerne, c’est sûr, j’irai voir Le Fléau !

Pour en savoir plus :

NB : un autre Hamlet lui aussi assez sportif reprend cet été au Théâtre de Verdure en plein air et à la tombée de la nuit !

Céline

J'aime bidouiller sur l’ordinateur, m’extasier pour un rien, écrire des lettres et des cartes postales, manger du gras et des patates, commencer des régimes, dormir en réunion, faire le ménache, pique-niquer, organiser des soirées ou des sorties « gruppiert », perdre mon temps sur Facebook et mon argent sur leboncoin.fr, ranger mes livres selon un ordre précis, pianoter/gratouiller/chantonner, courir, "véloter" dans Paris, nager loin dans la mer…

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