« Kid Manoir » : un grand fourre-tout horrifique qui réjouit les enfants

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Il y a quelques semaines, mon spectateur en herbe de cinq ans et moi avions adoré Robin des Bois : la légende… ou presque ! drôle, enlevé et musicalement très plaisant. Curieuse de découvrir la première création des deux auteurs, Fed Colas et Guillaume Beaujolais, j’ai emmené mon petit accompagnateur samedi au Théâtre Antoine applaudir la comédie musicale « horrifique » Kid Manoir, la potion interdite. L’enthousiasme a été tel qu’il a fallu aujourd’hui retourner voir le second volet : La malédiction du Pharaon. Verdict : un enfant heureux, comme le reste du jeune public, visiblement enthousiaste ; une maman plus nuancée, mais qui a tout de même apprécié le tonus des comédiens et l’esthétique de série B.

Kid Manoir 1 et 2 - affiches

Kid Manoir est l’adaptation pour enfants d’une comédie musicale imaginée par David Rozen : Pleine lune sur Big Manoir. Les deux spectacles sont construits sur le même schéma : quatre candidats, deux garçons et deux filles, sont enfermés dans un manoir pour participer à un jeu télévisé. Un seul d’entre eux sortira gagnant au terme de différentes épreuves. Mais au bout d’une ou deux énigmes, le lieu s’avère hanté par des fantômes, sorcières (La Potion Interdite) ou autres momies (La Malédiction du Pharaon). Des flash backs révèlent les sombres événements qui s’y sont déroulés, avant que nos héros, plus ou moins aidés par la maîtresse de cérémonie haute en couleurs Malicia, finissent par triompher du mal grâce au pouvoir de l’amour.

Destinés à un public de 4 à 12 ans, les deux spectacles semblent toucher leur cible. Les enfants sont ravis de participer lorsque Malicia les y invite (quizz interactif sur les méchants de dessins animés dans La Potion Interdite), tapent des mains sur certaines chansons, n’hésitent pas à retourner leur siège pour trouver l’amulette de la première épreuve de La Malédiction du Pharaon et poussent de grands cris terrorisés à l’apparition des monstres (la momie tout en bandelettes dégoûtantes fait son petit effet), lorsque ceux-ci descendent parmi le public ou que le noir total se fait dans la salle.

Personnellement, j’ai apprécié le côté Scooby-Do du premier volet, notre préféré des deux. Les décors, maquillages, costumes et jeux de lumières sont impressionnants et les comédiens-chanteurs s’en sortent très bien, particulièrement celle qui joue Gisèle, la sorcière ensorcelée, dotée d’une très belle voix. C’est le personnage favori de mon fils avec Roméo, le « super-héros ».

En tant qu’adulte, j’ai moins aimé les personnages très stéréotypés. Le candidat geek est d’office l’objet de moqueries (Malicia encourage même les enfants à lui crier « gros loser » !) et est rapidement éliminé du jeu malgré une chanson qui tente de le réhabiliter. On ne le revoit quasiment plus car le comédien (Thomas Ronzeau, déjà applaudi dans Tourbillon) est ensuite occupé à jouer un autre personnage ! La fille rebelle gothique est également légèrement sacrifiée au profit de la cruche rose, présidente du club de beauté, et du bellâtre musclé moulé dans son t-shirt Superman. Certes, ils ne sont pas très futés, mais c’est quand même les beaux qui résolvent le mystère et finissent ensemble.

Ce parti pris a été légèrement corrigé dans le second volet, où l’intello cultivée et le gamer vantard sont un peu plus valorisés. Bien sûr, les fillettes craquent pour le beau gosse altruiste (j’en ai entendu deux à côté de moi se pâmer, alors que le personnage est d’une fadeur abyssale) et moi, j’ai préféré la fille pirate qui n’a peur de rien (Raphaëlle Arnaud, qui était excellente en Marianne dans Robin des Bois). Mais les deux plus mignons finissent encore ensemble !

Évidemment, nous sommes dans une sorte de dessin animé criard et coloré en live, la psychologie est donc inexistante. À tel point que, parfois, les réactions des personnages paraissent surréalistes : à la fin de La Malédiction du Pharaon, le beau gosse se bat contre la momie et tous les autres les regardent, les bras ballants. Il est dommage que les spectacles ne soient pas assez décalés pour dynamiter les clichés. C’est ce qui m’a le plus ennuyée : un manque de second degré, un humour très basique qui repose beaucoup sur les cris et mimiques des personnages (à ce titre, j’ai trouvé Robin des Bois bien plus intéressant). Mais c’est apparemment ce qui fait rire les petits.

J’ignore ce que mon fils a compris des deux intrigues, qui entremêlent présent et passé. Même moi, j’ai trouvé que c’était un peu confus, avec trop de personnages pour qu’on s’attache réellement à l’un d’entre eux. C’est particulièrement flagrant dans La Malédiction du Pharaon, qui se veut plus ambitieux avec ses décors égyptiens, mais dont le rythme est trop lent pour réellement emporter (chacun des personnages a sa chanson, en plus des chansons de groupes). Sans compter que l’histoire du jeu télévisé est délaissée en cours d’intrigue ! Tout cela manque soit de poésie (les passages sur fond de nuit étoilée sont réalisés avec désinvolture : les rideaux sont tirés par des personnes dont on voit les pieds !), soit de folie. En revanche, les enfants adorent les clins d’œil à leur niveau : Spiderman, Non-Non (version pas contente de Oui-Oui), la furtive présence de Pierre-Ludovic, le geek de La Potion Interdite, dans le second épisode…

Je suis un peu sévère : la production et la distribution n’en restent pas moins de qualité. Les décors, les costumes, les lumières sont vraiment chouettes. On lorgne du côté de Dracula ou d’Indiana Jones avec un effet carton-pâte attendrissant, qui ne manque pas de charme. Quant aux comédiens, ils s’investissent avec professionnalisme et les voix sont globalement jolies (surtout celles des filles). Ce qui m’a le plus plu, d’ailleurs, c’est les parties chantées et chorégaphiées à plusieurs, quand bien même elles sont parfois un peu kitsch et qu’on ne comprend pas toutes les paroles. Mais elles mettent une super ambiance dans la salle et elles n’ont rien à envier aux compositions des dix Commandements de Pascal Obispo !

De toute façon, au final, mon avis de grande personne importe peu. Ce qui est essentiel, c’est que les enfants semblaient ravis au sortir des deux représentations, demandant à leurs parents d’aller voir le 1 ou le 2. Mon fils était aux anges. Tous ces monstres, ces créatures surnaturelles qui font peur, quel bonheur ! J’ai bien l’impression que c’est les spectacles qui l’ont le plus marqué parmi la trentaine qu’on a déjà vue !

En conclusion, deux comédies, plus musicales que d’aventures, honnêtes, plutôt calibrées jeune public, qui laisseront peut-être les parents pointilleux sur leur faim. Mais le plaisir des enfants est si communicatif qu’au final, on passe tous un bon moment ! (D’ailleurs, j’ai encore les chansons en tête).

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Céline

Co-fondatrice du blog, webmaster.

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