Le « Fidelio à Guantánamo » (mais à l’Opéra Comique) de Cyril Teste

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La semaine dernière, j’ai eu la chance d’assister à la générale de Fidelio, unique opéra de Beethoven mis en scène par Cyril Teste, qui ouvre la saison de l’Opéra Comique. Triple plaisir ! Celui de découvrir tout à la fois cet opéra, ce metteur en scène et ce lieu. Une expérience qui m’aura fait passer du léger ennui à l’enthousiasme entre le premier acte et le final. Cette proposition moderne, malgré ses défauts, ne laisse pas indifférent et pourrait – intention fort louable ! – séduire des personnes peu habituées à l’opéra.

Difficile pour moi de me prononcer sur la musique de Beethoven. N’étant pas une grande connaisseuse, je ne me permettrais pas de critiquer ce que j’ai entendu ce soir-là en termes de musicalité. Il m’a néanmoins semblé que, comme annoncé en début de concert, puisqu’il s’agissait d’une ultime répétition, certains chanteurs ne chantaient pas « à pleine voix ». Dont Siobhan Stagg, la soprano qui incarne le rôle-titre. Problème d’acoustique ? De surdité précoce ? Toujours est-il que cette retenue, voire « tiédeur » dans l’interprétation, affadissait selon moi la partition, qui ne m’a d’ailleurs pas spécialement époustouflée. La voix de Fidelio me parvenait un peu trop couverte par l’orchestre. Orchestre dans lequel les cors (de mémoire) ont un peu raté quelques notes, ce qui m’a fait tiquer !

Par ailleurs, le livret qui aurait pu être génial souffre d’un manque de souffle. Une femme (Leonore) se travestit en homme (Fidelio) pour intégrer la prison où est enfermé son mari (Florestan), prisonnier politique promis à la mort, afin de le délivrer. Étrangement, il ne se passe pas grand-chose tout au long de l’opéra et la libération tombe un peu comme un cheveu sur la soupe avec un Deus ex machina improbable. Et sans qu’on comprenne très bien ce qui a amené le « méchant » Pizarro à haïr le « gentil » Florestan.

Malgré ces quelques réserves qui m’ont tenue à distance à certains moments, la mise en scène précise de Cyril Teste m’a convaincue dans son ensemble. L’introduction musicale et vidéo emprunte aux codes des séries actuelles et nous fait entrer dans une contemporanéité assez séduisante. J’ai eu un peu peur du caméraman omniprésent, principe remarquablement maîtrisé dans Les Damnés à la Comédie Française il y a quelques années, mais le ballet des écrans est très réussi. Particulièrement en ouverture, lorsqu’apparaît le décor d’une prison blafarde, froide et déshumanisante, très réaliste. Par la suite, même si j’ai regretté la systématisation un peu appuyée du procédé (beaucoup de très gros plans sur les regards frontaux des protagonistes), j’ai senti une volonté sincère de proposer un spectacle populaire et grand public, ambitieux esthétiquement mais sans prétention, qui m’a fait chaud au cœur. La distribution est globalement impeccable, du rôle de la jeune Marcelline au mari Florestan, en passant par le gardien Rocco. Certains tableaux, notamment les passages avec le chœur, transportent par leur puissance.

La deuxième partie qui voit enfin apparaître Florestan a emporté mon adhésion. Grâce au ténor (Michael Spyres) d’une part, et parce que la mise en scène opère un basculement intéressant. L’utilisation de la vidéo se retourne contre l’oppresseur. Dépouillée de son contexte historique, l’histoire devient un hymne intemporel et vibrant à la justice, à la résistance face à la dictature, à la liberté, mais aussi au courage, qu’il soit masculin ou féminin ! Si la résolution arrive un peu vite, elle éclate dans une apothéose collective réjouissante.

C’est ces dernières images d’espoir et de joie, d’avenir d’un monde meilleur, que je retiens particulièrement, si éloignées des opéras tragiques qui font mourir leurs héroïnes (mais que j’adore tout de même). Siobhan Stagg, charismatique et avec une belle présence, aura porté sur ses épaules et son visage cinégénique le destin de cette héroïne qui gagne à être connue. J’en suis ressortie ragaillardie, ne retenant que le meilleur de cette soirée célébrant la foi en l’humanité – et en l’amour.

Pour en savoir plus :

  • Jusqu’au 3 octobre à l’Opéra Comique
  • Diffusion en direct le 1er octobre à 20h sur Arte

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